La relève

•avril 22, 2012 • Laisser un commentaire

Nice, nuit

•mars 25, 2012 • Laisser un commentaire

 

Clermont

•mars 11, 2012 • 1 Commentaire

Aujourd’hui je m’ennuie de Clermont-Ferrand.

 

 

Taizé – vie commune

•janvier 31, 2012 • 3 Commentaires

Je parlais dans le dernier article d’équilibre entre introspection et communion à Taizé. C’est vrai qu’à moins de passer son séjour en silence, en dehors des messes, les journées se déroulent principalement en groupe.

La salle commune accueille tous les visiteurs lors des repas (sauf les permanents qui logent  et mangent dans deux maisons distinctes, selon le sexe), mais reste ouverte toute la journée. Vu le froid extérieur, c’est là que les gens se trouvaient la plupart du temps.

Malgré le look de cafétéria d’école secondaire des lieux, la discrimination et les cliques étaient tacitement proscrits. Aux repas, chacun s’assoyait à la première place disponible et entamait une conversation avec ses voisins. La plupart des thèmes abordés étaient larges ou légers, très rarement les gens s’ouvraient sur l’aspect spirituel de leur expérience à Taizé ou de leur vie en général. Ce que je trouvais malgré tout étonnant.

En dehors des repas, lorsque quelqu’un joignait un petit groupe, il était devenu coutume d’aller d’abord se préparer un bol de boisson chaude. On avait le choix entre cinq poudres : du cacao, du lait, du thé, du café, et du sucre. Fait notoire, on ne trouvait que des bols et des cuillères pour consommer l’ensemble des mets et breuvages. Ça reste un mystère pour moi.

Bref il s’est formé ce que quelqu’un a fini par nommer le «hot chocolate club», d’après la boisson qui avait le plus la cote. L’idée était qu’une conversation ne commençait jamais vraiment sans bol dans les mains. Peut-être était-ce simplement ce petit détail qui nous rapprochait tous malgré nos différences, ce geste que nous faisions tous de la même façon et qui disait à l’autre: nous sommes ici ensemble et ça a un petit goût sucré.

Quelques-uns des membres:

trois scouts français

un des mêmes scouts français, qui est casque bleu et a entre autre fait une mission de déminage au Liban. Respect.

une vétérinaire slovaque en transit entre l’Inde et Jérusalem

une Coréenne  qui étudie en anglais en France (!) mais qui a un joli rire

 une Française qui a déjà habité à Montréal, à Québec, et au Labrador

 une Allemande maintenant Suisse-Allemande qui joue de la clarinette dans un groupe Klezmer.

Ces deux dernières ont créé une ambiance musicale festive dans la salle commune à quelques reprises.

Taizé – cours de chant

•janvier 21, 2012 • 1 Commentaire

On se souvient, j’étais allée à Taizé pour chanter.

(ou on lit d’abord l’article Taizé – introduction)

J’imaginais une grande chorale où quelques altos dispersés dans la salle chanteraient d’une voix assurée pour permettre aux novices comme moi de les copier.

En bonne élève, j’avais visité la section «apprendre les chants» du site internet de Taizé, qui donne accès, pour une centaine de chansons, à quelque chose comme ceci:

Chaque onglet gris renvoie à une piste midi, le tout simplifiant l’apprentissage de chaque ligne; ceci dit je n’étais tout de même pas motivée au point de mémoriser les centaines de mélodies… J’avais donc écrit à l’équipe d’accueil pour savoir quels chants allaient revenir les plus souvent, questions de les préparer d’avance.

On m’avait répondu que le pacing restait à déterminer, mais qu’il ne fallait pas que je m’inquiète, les livrets de chants seraient disponibles à l’entrée de l’église. Bon, je verrais bien… ce n’était pas un examen après tout.

***

Au moment de ma première messe, le premier soir, j’ai réalisé que je savais bien peu de choses sur les rites de Taizé avant de venir. J’ai donc  été surprise d’une part de constater, en mettant les pieds dans l’église, que les gens s’assoient par terre, sur le tapis. Des minuscules bancs de bois sont disposés sur le sol, pour ceux qui souhaitent s’en servir. Ceux-ci permettent notamment de s’agenouiller de façon plus ergonomique. Quelques frères prennent place sur des chaises, à cause de leur âge ou de leur condition physique, j’imagine.

Installée en tailleur, j’ai observé les gens présents et ceux qui nous rejoignaient tranquillement. En plus des frères que je n’avais pas encore vus, je remarquais plusieurs jeunes qui n’étaient pas avec nous dans la salle commune pendant le souper. La plupart sont les permanents auxquels j’ai déjà fait référence, mais il y a aussi ceux qui vivent leur séjour en silence et passent leurs journées dans un autre bâtiment.

Dans chaque coin de la grande pièce, des écrans numériques affichèrent bientôt un numéro, celui du premier chant de la soirée. À moins de le connaître par coeur, chacun a ouvert alors son livret à la partition correspondante. Toutes sont des courtes phrases que l’on répète en boucle, tel une incantation. L’écran s’étend pour signaler une dernière répétition, puis le prochain chant est annoncé, et ainsi de suite.

Finalement, en raison, je présume, du nombre assez restreint de gens dans l’église (un peu plus d’une centaine), je n’ai pas entendu la ligne d’alto qui aurait comblé mes lacunes en solfège. Je suis donc vu forcée de suivre la ligne des sopranos que la majorité entame à l’unisson, c’est beaucoup trop haut pour moi, surtout sans échauffement préalable. Je l’ai prise une octave au dessous avec des résultats un peu douteux.

Puis, tout le monde s’est arrêté de chanter. C’est le début des 10 minutes de silence dont Vilmantas m’a appris l’existence l’après-midi même. Pendant la première messe, j’entendrai surtout tous les reniflements, quintes de toux, raclement de gorges faisant écho dans la pièce. Un des frères va même jusqu’à se moucher bruyamment, ce que je trouve malgré tout un tantinet irrespectueux. Au fil des jours qui suivront, j’apprendrai à faire fi des bruits parasites pour me concentrer davantage sur la beauté de cet équilibre entre introspection et communion. Faire partie d’un large groupe de gens qui font le choix d’écouter le silence ensemble est une expérience rare et dans les plus authentiques qu’il m’ait été donné de vivre.

Quand les chants recommencent au bout de ces 10 minutes, c’est subtil, mais on les entend d’une autre oreille. Éventuellement les frères se retirent en continuant de chanter, et ceux qui le souhaitent peuvent rester chanter encore.

Moi j’avais hâte malgré tout au lendemain pour le cours de chant de 14h, donné par une jeune permanente. Je suis allée tous les jours, tout comme Michael et Carsson, qui comme moi restaient jusqu’au 25 décembre.

Michael est un modèle de vie «saine». Père de famille, il est ingénieur dans une entreprise d’énergie solaire en Suisse allemande. Il est venu jusqu’à Taizé sur son vélo, qu’il a monté lui-même de A à Z. Il s’implique dnas son église et sa communauté. Il a une adresse courriel qui dit M. et Mme (M. + M.Th.) Döhrbeck dans notre boîte de réception. Il chante les lignes de basse d’une voix forte et sereine.

Carsson est Écossais. Il avait emmené son petit kit de peinture à l’eau et s’attablait sans prétention à des oeuvres abstraites dans la pièce commune, tout en parlant tranquillement aux gens qui venaient le voir. Il chantait vraiment très faux. J’ai rarement vu ça. Mais il s’essayait patiemment, avec plein de bonne volonté. Il était gentil. Et presque tout le temps nus-pieds. Et je ne comprends pas ce qu’il a autour du cou, vous?

 

Si vous êtes curieux de savoir comment ça sonne un chant de Taizé, voici

un joli Alleluia

et un canon.

 

Taizé – Vilmantas

•janvier 17, 2012 • Laisser un commentaire

J’arrive à Taizé le 20 décembre, autour de 14h. Je cherche parmi les diverses baraques du site où se trouve l’accueil, je la repère mais elle est fermée. J’attends dehors en même temps qu’une femme asiatique dans la mi-trentaine, il fait gris et froid, je me demande où je viens d’atterrir.

On ouvre finalement la porte. Ce que je crois être un jeune frère nous accueille en anglais, j’apprendrai que c’est plutôt un permanent, ces jeunes, dans la vingtaine pour la plupart, qui séjournent à Taizé pendant plusieurs mois et qui se font assigner diverses tâches dans la communauté.

Il nous remet une feuille où se trouvent le plan du site, l’horaire de la journée, et notre numéro de dortoir. Sur la mienne, il m’indique où me rendre pour la corvée de 15h et pour la bible introduction du lendemain. Cela fait partie du programme proposé aux moins de 30 ans, la dame qui est avec moi est plus libre de son temps. C’est une Coréenne qui dit venir depuis une dizaine d’années, je suis impressionnée de savoir que l’intérêt pour Taizé s’étende sur un si vaste territoire.

Puis, le permanent sort un tableau qui indique la cotisation suggérée selon le pays et la durée du séjour. Dans mon cas, c’est 30 euros au total pour les 5 jours. Le peu de doutes que j’avais d’entrer dans une secte vient de se dissiper.

En route vers le dortoir, je parle à la Coréenne qui s’avère être notamment une professeure aux beaux-arts près de Paris. J’y reviendrai.

 ***

À 15h, je me rends à l’endroit indiqué sur mon plan pour me faire assigner ma tâche du jour. J’y découvre une petite salle commune, style cafétéria, presque vide à l’exception de deux petits groupes. Je m’assois et j’attends. C’est là que je rencontre Vilmantas, qui me permettra de me faire une meilleure idée de la routine qui m’attend.

- I don’t think I’ve met you, analyse-t-il, révélant un accent d’Europe de l’Est semblant sorti tout droit d’un film de James Bond.

- That’s because I’ve just arrived.

- Oh, I see. First time in Taizé?

- Yes, first time.

- Mh. Normaly, there is a lot of people here. Now it’s not the same.

Plusieurs gens me diront effectivement assez rapidement dans les premières conversations à quel point mon expérience à Taizé ne se compare pas à ce que c’est la plupart du temps : un endroit où se retrouve au delà de 1000 voir jusqu’à 3000 personnes qui s’étalent sur le site et remplissent l’église de leurs chants jour et nuit.

 

- So, what do we do?

- What do you mean?

- Are we not supposed to work?

- Work?

- Yeah, at three o’clock.

- Oh! Work! Yeah. Well. They left already.

- Where?

- To the washrooms.

- They all went to the washrooms?

- Yeah. That’s what they do. Clean the washrooms. During summer there are more things to do in the fields but now they just clean the washrooms.

- Oh…

- You can go look for them! Ajoute-t-il sans enthousiasme.

- No that’s ok, I’ll join them tomorrow…

Bon. Je suis quand même en vacances. J’ai pas trop envie de stresser pour retrouver des gens que je connais pas pour les aider à finir de nettoyer des toilettes. Puis il n’y a pas l’air d’avoir de conséquences graves à ne pas participer, après tout Vilmantas a l’air plutôt relax…

Je prends ainsi le temps d’écouter son histoire.

Vilmantas est un voyageur, un vrai. À l’âge de 24 ans, il quitte sa Lithuanie natale, alors secouée par une crise économique qui le laisse sans grande perspective. Avec ses maigres économies, il part sur la route. Cela fait 1 an et demi qu’il parcourt l’Europe, sans avoir une seule fois dormi à l’hôtel. «I always find something», confie-t-il en haussant les épaules. Une fois ou deux, peut-être, il s’est résolu à prendre l’autobus, sinon, il attend des bons samaritains le long des routes.

Un permanent lithuanien interrompt son récit lorsqu’il vient lui porter un papier et lui explique des choses pendant quelques minutes. Quand il part Vilmantas me traduit : «this is the address of my family in Berlin. I decided today that I will go and they found me a place to stay».

Il faut savoir que le 25 décembre, tout Taizé allait se déplacer aux rencontres de Berlin, où 30 000 jeunes étaient attendus. Cela fait partie des pratiques de la communauté d’organiser des rencontres un peu partout à travers le monde. Il y en a eu d’ailleurs à Montréal à quelques reprises.

Je ne sais plus comment on arrive sur le sujet mais je lui apprends que je ne suis pas chrétienne.

- Oh!… but why are you here?

- Because I want to sing the songs…

- Ok. Yeah… me too, it’s for the songs. And the people. Not really for God…

***

Plus tard cette soirée-là, je le retrouve, peu après ma première prière du soir. Il dit qu’il a entendu dire que des gars étaient partis chanter dans l’église du village (à distinguer avec l’église du site œcuménique). C’est une toute petite église romane à laquelle on a accès en back-up. Vilmantas m’y mène, il n’y a finalement qu’un jeune homme qui lit la bible sagement, mais qu’importe : j’y trouve une qualité de silence fascinante. L’atmosphère est enveloppante et propice au recueillement. Mais la présence de Vilmantas, que je sens plus tourmenté que pendant l’après-midi, me retient de méditer profondément. Je lui fais signe que je vais partir me coucher. Il me suit dehors et m’annonce qu’il retournera à l’autre église car il n’a pas sommeil ce soir. Troublé, il m’avoue:

« You know I lied to you this afternoon. I do like God.»

Le moins qu’on puisse dire, c’est que pour trouver un toit tous les soirs et des gens pour le faire avancer sur sa route depuis 1 an et demi, il doit avoir une bonne étoile.

Taizé – Introduction

•janvier 14, 2012 • 3 Commentaires

Mon histoire avec Taizé commence environ ici :

C’est la chorale de quartier dont je fais partie depuis septembre dernier. Chanter dans un chœur me fait le plus grand bien. Bizarrement, quelque chose se passe au niveau de l’âme même lorsqu’on chante Mon beau sapin à l’unisson. Heureusement notre automne n’a pas été qu’une préparation au concert de Noël, sans quoi j’aurais sans doute démissionné au bout de deux pratiques.

On se réunit chaque mardi à l’église Ste-Cécile, dans Villeray, et en échange de la location des lieux, on est appelés à chanter la messe six fois par année. J’ai donc appris dans les derniers mois un répertoire considérable de chansons religieuses, dont certaines m’ont plu au point où je devais parfois m’arrêter de chanter tant l’émotion d’entendre ces harmonisations quasi divines me créaient d’émotions fortes…

Certes, en dehors de l’appréciation musicale de la chose, il me faisait malgré tout un peu étrange de louanger le seigneur, moi qui n’ai pas, ni par mon éducation ni par le cours des choses, développé de foi chrétienne.

J’ai d’ailleurs compris le désintérêt et même la hargne de mes parents envers l’Église lorsque je les ai invités à venir me voir chanter ma première messe. Il y avait même la superstar Turcotte pour les divertir entre deux chansons, j’avais malgré tout la sensation d’être sur une grosse gig.

Ce fut d’un ennui aberrant. Entre deux voix monotones qui s’élevaient pour lire un passage de la bible, Turcotte a fait son speech que j’aurais cru un minimum inspirant, mais qui ressassaient les éternelles insultes de lâches: les églises sont vides, vous devez trouver une solution pour qu’elles soient pleines à nouveau, hey dude, c’est parce que tu parles à des gens qui y sont, à l’église. Ça te tente pas de les remercier d’être là à la place?

J’étais fâchée. Je me suis dit, si les messes c’était seulement les chants, il y aurait beaucoup plus de monde et ça serait hautement plus agréable.

Et justement, un membre de la chorale allait me fournir la possibilité d’étudier ce cas de figure.

J’avais décidé de partir en Europe pendant le temps des fêtes, et était vaguement à la recherche d’une destination plus précise. J’ai demandé à Fabien, d’origine corse, si ça valait la peine de visiter son coin de pays.

« En hiver, c’est désert, presque tout est fermé… par contre si tu vas en France, il y a un endroit, ça s’appelle Taizé, c’est des frères qui chantent des superbes chants religieux, et des milliers de jeunes vont là à chaque année, et chantent avec eux.»

Mmh, intéressant, je n’avais pas besoin d’en savoir plus, j’irais à Taizé, point final.

J’ai donc visité le site internet de la communauté, puis rempli le formulaire de séjour en ligne (modernes ces frères!), prévoyant y être du 19 au 25 décembre 2011.

J’y voyais, en dehors du plaisir de chanter, l’occasion de dresser un portrait de ces jeunes qui viennent y vivre leur foi chrétienne. Ou serait-ce bien le cas? Y aurait-il des gens qui comme moi, tout en ayant une forme de spiritualité, allaient y chercher autre chose que Dieu?

Dans les prochains jours, je vous présenterai quelques-unes de ces personnes rencontrées à Taizé, tout en vous décrivant l’expérience surprenante que permet un séjour dans ce lieu.

À bientôt!