On se souvient, j’étais allée à Taizé pour chanter.
(ou on lit d’abord l’article Taizé – introduction)
J’imaginais une grande chorale où quelques altos dispersés dans la salle chanteraient d’une voix assurée pour permettre aux novices comme moi de les copier.
En bonne élève, j’avais visité la section «apprendre les chants» du site internet de Taizé, qui donne accès, pour une centaine de chansons, à quelque chose comme ceci:
Chaque onglet gris renvoie à une piste midi, le tout simplifiant l’apprentissage de chaque ligne; ceci dit je n’étais tout de même pas motivée au point de mémoriser les centaines de mélodies… J’avais donc écrit à l’équipe d’accueil pour savoir quels chants allaient revenir les plus souvent, questions de les préparer d’avance.
On m’avait répondu que le pacing restait à déterminer, mais qu’il ne fallait pas que je m’inquiète, les livrets de chants seraient disponibles à l’entrée de l’église. Bon, je verrais bien… ce n’était pas un examen après tout.
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Au moment de ma première messe, le premier soir, j’ai réalisé que je savais bien peu de choses sur les rites de Taizé avant de venir. J’ai donc été surprise d’une part de constater, en mettant les pieds dans l’église, que les gens s’assoient par terre, sur le tapis. Des minuscules bancs de bois sont disposés sur le sol, pour ceux qui souhaitent s’en servir. Ceux-ci permettent notamment de s’agenouiller de façon plus ergonomique. Quelques frères prennent place sur des chaises, à cause de leur âge ou de leur condition physique, j’imagine.
Installée en tailleur, j’ai observé les gens présents et ceux qui nous rejoignaient tranquillement. En plus des frères que je n’avais pas encore vus, je remarquais plusieurs jeunes qui n’étaient pas avec nous dans la salle commune pendant le souper. La plupart sont les permanents auxquels j’ai déjà fait référence, mais il y a aussi ceux qui vivent leur séjour en silence et passent leurs journées dans un autre bâtiment.
Dans chaque coin de la grande pièce, des écrans numériques affichèrent bientôt un numéro, celui du premier chant de la soirée. À moins de le connaître par coeur, chacun a ouvert alors son livret à la partition correspondante. Toutes sont des courtes phrases que l’on répète en boucle, tel une incantation. L’écran s’étend pour signaler une dernière répétition, puis le prochain chant est annoncé, et ainsi de suite.
Finalement, en raison, je présume, du nombre assez restreint de gens dans l’église (un peu plus d’une centaine), je n’ai pas entendu la ligne d’alto qui aurait comblé mes lacunes en solfège. Je suis donc vu forcée de suivre la ligne des sopranos que la majorité entame à l’unisson, c’est beaucoup trop haut pour moi, surtout sans échauffement préalable. Je l’ai prise une octave au dessous avec des résultats un peu douteux.
Puis, tout le monde s’est arrêté de chanter. C’est le début des 10 minutes de silence dont Vilmantas m’a appris l’existence l’après-midi même. Pendant la première messe, j’entendrai surtout tous les reniflements, quintes de toux, raclement de gorges faisant écho dans la pièce. Un des frères va même jusqu’à se moucher bruyamment, ce que je trouve malgré tout un tantinet irrespectueux. Au fil des jours qui suivront, j’apprendrai à faire fi des bruits parasites pour me concentrer davantage sur la beauté de cet équilibre entre introspection et communion. Faire partie d’un large groupe de gens qui font le choix d’écouter le silence ensemble est une expérience rare et dans les plus authentiques qu’il m’ait été donné de vivre.
Quand les chants recommencent au bout de ces 10 minutes, c’est subtil, mais on les entend d’une autre oreille. Éventuellement les frères se retirent en continuant de chanter, et ceux qui le souhaitent peuvent rester chanter encore.
Moi j’avais hâte malgré tout au lendemain pour le cours de chant de 14h, donné par une jeune permanente. Je suis allée tous les jours, tout comme Michael et Carsson, qui comme moi restaient jusqu’au 25 décembre.
Michael est un modèle de vie «saine». Père de famille, il est ingénieur dans une entreprise d’énergie solaire en Suisse allemande. Il est venu jusqu’à Taizé sur son vélo, qu’il a monté lui-même de A à Z. Il s’implique dnas son église et sa communauté. Il a une adresse courriel qui dit M. et Mme (M. + M.Th.) Döhrbeck dans notre boîte de réception. Il chante les lignes de basse d’une voix forte et sereine.
Carsson est Écossais. Il avait emmené son petit kit de peinture à l’eau et s’attablait sans prétention à des oeuvres abstraites dans la pièce commune, tout en parlant tranquillement aux gens qui venaient le voir. Il chantait vraiment très faux. J’ai rarement vu ça. Mais il s’essayait patiemment, avec plein de bonne volonté. Il était gentil. Et presque tout le temps nus-pieds. Et je ne comprends pas ce qu’il a autour du cou, vous?
Si vous êtes curieux de savoir comment ça sonne un chant de Taizé, voici

































